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1°) Une première question toute simple Claude. Pouvez-vous nous situer
le village de Nabou au Burkina Faso ?
Nabou est un petit village de 2000 habitants environ, situé non loin de
la frontière Ghanéenne. Pour être plus précis il est à 40 km à l’est de
la route qui relie la capitale Ouagadougou à la seconde ville du pays
Bobo-Dioulasso, dans la région de la boucle du Mouhoun.
2°) Comment des touristes Européen peuvent-ils se retrouver dans un
village aussi reculé ?
Par hasard. Je voyageais en car, sans
but précis, en direction de Bobo Dioulasso. En route, je fis la
connaissance de 2 infirmiers du centre médical (CSPS) de Nabou. Ils
m’ont invité à passer 2 jours dans leur village. J’ai souvent remarqué,
lorsque je voyage, qu’en étant disponible, sans itinéraire préétabli, on
fait des rencontres intéressantes.
3°)
Comment accéder à Nabou ?
Il suffit de prendre un car depuis
Ouagadougou, descendre après 2 heures de route au carrefour Poura.
Prendre un taxi-brousse, qui ne part que lorsqu’il est complet (6
passagers plus le chauffeur dans une voiture berline) afin de rejoindre
Fara distant de 30 km. Enfin se faire chercher en mobylette par un
membre du service médical ou bien faire les 10 derniers km à pied.
4°)
Pourquoi avez-vous décidé d'aider ce village à acquérir une source
électrique pour l'éclairage de son dispensaire et de sa maternité?
Je disais que j’ai passé 2 jours à Nabou donc, forcément une nuit. Il
faut savoir que dans ces latitudes, le soleil se couche à 18h30 pour ne
se lever qu’à 6h30. Ce qui donne 12 heures d’obscurité par jour ! Vers
23 heures, une femme venue à pied d’un village voisin non équipé de
maternité, était au CSPS, sur le point d’accoucher. Il y a des puits
pour obtenir de l’eau mais pas d’électricité à Nabou. Pour s’éclairer et
avoir ses deux mains disponibles, ce qui est plus que nécessaire, la
sage-femme coince une lampe de poche entre son épaule et son oreille !
La maman a donné naissance à un magnifique bébé et il n’y eu aucune
complication mais, que se serait-il passé si l’accouchement avait été
difficile ? Et cela arrive bien trop souvent malheureusement.
L’infirmière m’a même avoué que la nuit, lorsqu’elle doit trouver une
veine, sur une main noire, pour poser une perfusion elle ne la voit pas.
Elle pique là où selon l’anatomie il devrait y avoir une veine ! Avant
de quitter Nabou, j’ai promis au personnel du centre médical de faire
tout mon possible pour leur apporter l’électricité.
5°)
Une triste et belle histoire à la fois… Vous avez contacté une ONG pour
vous aider ?
Il est probable qu’une ONG aurait pu me
faire profiter de ses relations ou de me donner des moyens financier ou
logistique. J’aurais peut-être perdu du temps à en trouver une qui
m’aurait épaulé. J’ai donc préféré agir seul.
6°)
Seul ? Comment avez-vous procédé pour trouver des partenaires ?
Je me suis d’abord dit que l’énergie
solaire était la solution à investiguer. Dans cette région du monde où
la pluie fait défaut, le soleil, lui est abondant une grande partie de
l’année. Je ne disposais d’aucun moyen financier pour réaliser ce
projet. Il me fallait obtenir le maximum de matériels, transport et
installation sous forme de dons afin de solliciter le moins possible le CSPS de Nabou, très pauvre.
Je connaissais un grand fabricant de matériel
de chauffage solaire, du temps de ma vie professionnelle. J’ai contacté
un responsable de la société et il m’a immédiatement accordé son aide
sous la forme de don de panneaux solaires. Un ami, responsable
logistique, connaissant mon projet a pris en charge, le conditionnement
et le transport jusqu’à Ouagadougou. Sur internet j’ai trouvé les
contacts d’un fabricant de batteries solaires, et d’une ONG ouagalaise
exemptée du paiement des droits de douanes à l’entrée au Burkina Faso.
Tous les deux m’ont également promis leur aide. Ils m’ont fait confiance
sans me connaître. C’est magnifique.
Il me manquait encore régulateurs de tension et
petit matériel électrique. J’ai cherché et contacté de nombreux
fabricants, sans succès. Le CSPS de Nabou a trouvé le financement des
équipements manquants et disposait de techniciens. Il me restait à
déterminer les besoins en ces différents composants.
7°)
Pouvez-vous nous expliquer comment c'est déroulé l'étude technique du
projet ?
J’ai un oncle, ingénieur en électronique
et bricoleur de génie. Nous avons défini ensemble, les puissances
nécessaires à un éclairage efficace, les capacités des différents
équipements et ce en fonction de l’ensoleillement moyen dans cette
région. Il nous est vite apparu que la seule installation viable était
en 12 volts courant continu.
8°)
Comment avez-vous procédé pour l'acheminement de tout ce matériels ?
Le transport Paris – Ouagadougou a été simple et rapide
mais l’obtention de l’exonération du paiement des droits et taxes à
destination a été plus délicat. Je comprends que de nombreux contrôles
soient réalisés pour éviter les fraudes mais dans mon cas cela a pris 5
jours.
9°)
Qui c'est chargé de l'installation sur place ?
Des installateurs burkinabés, chargés de
la maintenance de l’ensemble des matériels médicaux appartenant au
district, auquel est rattaché le CSPS de Nabou. L’équipe, une fois sur
place, et c’est de les faire venir qui fut difficile, a été très
efficace. De vrais professionnels. Bravo et félicitations à eux.
10°)
Il est évident que la lumière constitue un énorme progrès pour le
dispensaire de Nabou. Il y a d'autres choses qui pourraient améliorer le
quotidien et la sécurité dans ce centre médical
?
Faute d’isolation thermique et à cause de
toitures en tôle, même en pleine nuit, il fait 40° Celsius dans la salle
de travail. Il n’y pas de ventilateur ni d’eau fraiche à donner aux
femmes sur le point d’accoucher. Imaginez une femme sujette aux
contractions par cette chaleur ! C’est inhumain. J’ai commencé à
contacter différents fabricants. J’aimerais que les femmes accouchent
dans des conditions décentes.
11°)
Combien de temps s'est il passé entre votre rencontre avec ces
infirmiers et l'éclairage de la première ampoule ?
Mon premier séjour à Nabou date de juillet 2009 et l’installation a été
achevée en février 2010. Soit 7 mois après.
12°) Quel est le plus beau souvenir que vous gardez de cet aventure ?
3 merveilleuses images :
-
celle d’une jeune maman qui, pendant la
totalité de mon séjour, n’avait osé ni me regarder ni me parler, alors
que moi j’essayais dialoguer avec elle, m’a dit « merci » lorsque la
lumière est arrivée,
-
Celle des nombreux villageois, présents lors de
l’inauguration, qui applaudissaient à chaque fois que nous allumions la
lumière dans une nouvelle pièce de la maternité ou du dispensaire.
J’étais très ému en voyant la joie immense de ces gens,
-
Le personnel du CSPS de Nabou, malgré son
manque de moyens financiers a tenu à faire un cadeau aux responsables
des sociétés qui ont participé aux succès de ce projet.
13°)
Avant de vous poser une dernière question, j'ai envie de vous entendre
nous raconter ce que vous inspire cette histoire, ou plutôt cette
aventure… Finalement, le monde n'est pas si égoïste que cela ?
C’est exactement ce que je pense.
Agissant seul, sans la couverture d’une ONG, trouver des gens et des
entreprises qui vous font confiance, c’est très réconfortant.
14°) Comment des bénévoles peuvent-ils vous aider ?
Par des dons de matériels ou financiers. Dans le premier cas, que des
fabricants de matériels électriques solaires, de petits matériels
électriques, de ventilateurs, de réfrigérateurs fonctionnant sur du 12
volts ou de panneaux isolants me contactent par votre intermédiaire.
Dans le second cas, comme je mène un autre
projet, de tourisme solidaire au Bénin cette fois, au sein d’une
association, les donateurs peuvent recevoir, de celle-ci, un reçu fiscal
leur permettant de déduire 66% du don, du montant de leurs impôts. Ce
projet de tourisme équitable et solidaire est visible sur internet à
l’adresse suivante : www.departs.org
15°)
Ma dernière question sera aussi évidente que la première. Vous avez
d'autres projets pour Nabou ou d'autres villages ?
Avec cet accomplissement, je suis aujourd’hui un peu plus crédible
auprès des fabricants de matériels ou autres organismes qui financent de
telles opérations. En profiterais-je pour « éclairer » une autre
maternité au Burkina Faso. Peut-être. Dans un autre pays ? Peut-être.
Réaliser un tout autre projet. Peut-être. Ce qui est sûr c’est que j’ai
plein de projets humanitaires en tête et que je ne vais pas m’arrêter
là.
Le diaporama :













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